"Conversation avec" Alexandre Neagu

Alexandre Neagu
Alexandre Neagu est architecte (DATCHA), enseignant à l'université Paris-Nanterre en urbanisme, aménagement et études urbaines et doctorant au Centre de recherche sur l'habitat (CRH-LAVUE). Dans le cadre de ses recherche, il s’intéresse aux conditions de production du cadre bâti, envisagées notamment sous leur angle technique, juridique et économique.
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En effet, il se trouve que, jusqu’à présent, j’ai eu une activité d’enseignement plurielle. D’une part en école d’architecture, à l’ENSA Montpellier d’autre part à l’université de Nanterre dans le cadre du Master « Urbanisme et Aménagement » (Parcours Habitat), et troisième élément, dans le cadre de la chaire « Immobilier » de l’ESSEC à Cergy-Pontoise.
Ces trois activités d’enseignement abordent le thème de l’habitat. Le fait qu’elles s’inscrivent dans des cultures professionnelles distinctes me donne l’occasion de faire dialoguer trois éclairages et points de vue différents. A mon avis il n’est pas seulement question d’enseigner et d’alimenter la réflexion sur un habitat de qualité. Les spécificités de la production de l’habitat permettent d’acquérir des compétences indispensables aux professionnels du cadre de vie : architectes, urbanistes, promoteurs. Dans ce cas l’habitat fournit le support pédagogique.
Dans ces trois dimensions et ces trois écoles, il y a deux types d’enseignements : des enseignements de projet, en école d’architecture et en master d’urbanisme ; et des enseignements de travaux dirigés de recherche (commandes) qui se font systématiquement en partenariat, avec des petits groupes d’étudiants, à l’université de Nanterre et à l’ESSEC. Les volumes horaires d’enseignement ne sont pas les mêmes, les niveaux d’implication des étudiants non plus, mais cela permet d’aborder quelques questions : d’une part quelles sont les entrées privilégiées pour aborder la question du logement, et d’autre part, quel objectif pédagogique on essaie d’atteindre quand on prend le logement comme objet. Ce qui me semble intéressant, c’est que les thématiques de l’habitat et du logement, en tant que tels, sont des supports de pratiques professionnelles (pour un architecte, un urbaniste) et d’un point de vue pédagogique la question repose sur : quelles sont les compétences que l’on cherche à mettre dans un exercice qui porte sur le logement ?
En studio de projet en Licence (S3, S4) à l’ENSA Montpellier c’est le moment où l’on aborde les questions de l’habitat, et que l’on commence une véritable initiation au projet. Il se trouve que la population des étudiants de l’ENSAM a pour particularité qu’un certain nombre d’étudiants arrivent dès la deuxième année avec une formation initiale d’assistant en architecture (BTS assistant-architecte) ou un BTS en aménagement de l’espace, ce qui leur confère des compétences spécifiques pour la représentation et les questions constructives. Les autres l’acquièrent rapidement. Ca dégage du temps pour parler projet.
La maquette de l’école propose une progression : logement individuel (S3) puis intermédiaire (S4) et enfin collectif (S6). J’ai proposé un exercice un peu décalé par rapport à cette demande initiale. Celui-ci vise à scénariser les modes de vie des ménages et à penser le partage des espaces intérieurs du logement avant de se lancer dans le projet. Après cela, il est proposé aux étudiants de penser le projet avec deux horizons. : un horizon immédiat à la livraison du bâtiment, et un deuxième à quinze ans. Je trouve fertile d’évoquer avec les étudiants cette question temporelle et de regarder comment elle se dessine. Il permet de sortir d’une approche fonctionnaliste et prendre conscience de a complexité du rapport entre espace architectural et fluidité d’usage.
D’une part au niveau des modes d’habiter cela permet d’opérer un décentrement et de penser des modes de vie autres que ceux de l’expérience subjective de l’étudiant de vingt ans qui s’initie au projet. Ensuite, au niveau de la priorité des projets, cela permet de prendre en compte les rapports qui existent entre projet architectural et projet de vie d’un ménage. Au niveau de la composition spatiale, j’insiste sur la lecture du vide, notamment des espaces extérieurs puisque nous sommes dans de l’habitat individuel, et j’insiste sur les questions de statut, d’usage, de matérialité des espaces extérieurs. L’habitat individuel est un support de choix pour travailler le rapport intérieur/extérieur.
A titre d’exemple, prenons le cas d’un projet envisagé pour deux ménages, que les étudiants on voulu plutôt atypiques. Dans le scénario proposé, ils décident de s’installer ensemble sur une même parcelle et cherchent une mutualisation. La question porte alors sur : comment envisager les relations de contact et de voisinage ? Cette situation permet d’aborder la question du statut des espaces extérieurs, des effets de seuil, des espaces tampons, etc. Cette proposition qui regroupe deux habitations pose la question du partage des espaces extérieurs et de leur qualification. A partir de cette situation initiale de projet, il a fallu engager une réflexion sur les usages dans le temps, d’une part dans une approche cyclique (été/hiver), et d’autre part au long cours dans une perspective à quinze ans. Cette attention a été portée sur les espaces intérieurs comme extérieurs. On s’intéresse ici à l’emplacement des différents usages, à leurs évolutions possibles dans le temps, où le ménage s’agrandit ou diminue, sur les questions de dépendance, d’autonomie des enfants, etc.
J’ai eu la possibilité de la continuer dans un semestre ultérieur qui portait sur le logement intermédiaire et collectif. Il s’agit-là de prendre la question à l’envers : à partir d’un diagnostic habitat à l’échelle d’une commune de la métropole montpelliéraine, de formaliser une stratégie urbaine et de poser les conditions de l’intervention sur l’habitat. Les questions qui se posent d’un point de vue pédagogique portent sur les échelles d’intervention, urbaine ou de l’édifice, sur le traitement des espaces collectifs, les types distributifs et sur une réflexion sur la cellule-logement. Le choix que j’ai fait repose sur le fait que je voulais que les étudiants prennent conscience de l’interdépendance des considérations sur le tissu urbain et ceux sur les typologies d’habitat. Aussi, sur les liens qui s’opèrent entre épaisseur bâtie, types distributifs, orientations, etc.
Cet exercice a été réitéré plusieurs années dans différents périmètres de réflexion de la métropole montpelliéraine en mobilisant une intervention dans des tissus très contrastés, des socio-démographies très différentes et des cultures de l’habiter variées : faubourgs, centres-villes, périphéries pavillonnaires plus ou moins riches, zones d’aménagement et d’urbanisation en cours.
Chaque groupe a travaillé dans une démarche comparative, permettant à chaque groupe d’étudiant de comparer des situations urbaines spécifiques. Cette démarche permet de se saisir de la question du diagnostic de l’habitat sur un territoire, de travailler de manière attentive aux implantations et articulations avec la ville, aux typologies et aux enjeux constructifs. Ce sont des travaux de deuxième année de Licence donc évidemment les formulations d’hypothèses sont limitées, surtout qu’elles s’inscrivent dans une temporalité de douze à quatorze semaines. Mais ils permettent d’introduire la question.
En effet, la question de la diversité des typologies a pu être abordée lorsque l’on a intégré cet atelier à une démarche de recherche sur une ville de Lodève dans le cadre du programme POPSU-Territoire. Dans ce cadre deux approches s’articulent, l’une avec une coloration recherche, et l’autre portant sur une intervention centrée sur l’existant et les tissus d’habitat anciens. Là, les étudiants font des démonstrations nettement plus intéressantes, puisque cela passe par une phase de relevé et de diagnostic à l’échelle d’un îlot, ce qui enrichit la connaissance de ce centre-bourg. Cela passe, plus précisément, par une exploration fine des opportunités foncières où les étudiants se saisissent d’immeubles à l’abandon, des délaissés, de servitudes consacrées par l’usage. Toute cette complexité qui se retrouve dans les centres-bourgs anciens est mise à profit pour proposer des solutions qui passent par une réflexion sur l’îlot, sont desserrement, la reconquête de son cœur. Les propositions sont riches. Des cas sont particulièrement contraints, avec des interventions dans des dents creuses, où l’on construit un petit ensemble urbain. D’autres réflexions montrent la capacité d’une maille structurelle à accueillir une variété d’usages. Enfin, ces éléments constituent des occasions de s’interroger sur la production du logement et la création d’espaces publics, où il s’agit d’articuler bordure de rivières, anciens remparts, délaissés très intéressants, le tout avec de très belles perspectives.
Ce que je tire de cette expérience, c’est la mise en convergence entre projet de recherche et pratique pédagogique. Ici, l’intégration d’un projet d’architecture a pu se nourrir des apports de la recherche et réciproquement. Les travaux de recherche ont permis de capitaliser des éléments de diagnostic et de connaissance sur la socio-démographie et la morphologie urbaine du site, et à l’inverse, les projets urbains ont permis de vérifier des hypothèses de la recherche. En effet, l’équipe POPSU-Lodève formulait l’hypothèse que les difficultés d’habitat en centre-ville correspondaient à deux difficultés majeures : l’une, relative au positionnement de cet habitat de centre bourg sur le marché immobilier local dominé par une offre en couronne pavillonnaire, l’autre à la capacité de cet habitat à être rénové. L’exploration par le projet a montré que l’habitat dans le centre pouvait s’enrichir de la lumière, de l’intimité et des espaces extérieurs qui lui font défaut à condition d’intervenir sur plusieurs parcelles, à l’échelle de l’ilot et de l’intégrer à un projet urbain.
J’ai en effet pu poursuivre ce travail dans le cadre d’un module de projet urbain à l’université de Nanterre dans le cadre du Master d’urbanisme. Il s’agit, comme cela a été expérimenté en studio d’architecture, de mettre en œuvre une pratique pédagogique construite sur une forte relation entre diagnostic urbain, élaboration de stratégie urbaine, proposition d’une typologie de logements, et programmation de logement. Ce sont des projets encadrés en équipe, avec des collègues comme Nathalie Lana et Anne Labroille (programiste), Annie Tardivon (paysagiste) ou Christian Bourgoin (urbaniste).
Elles sont un peu plus riches et un peu plus compliquées. On s’adresse à des étudiants en Master 2, et on mise sur un diagnostic urbain nettement plus approfondi portant sur le peuplement, le parc habité, la mobilité, la nature en ville, etc. C’est suivi par une étape de formulation d’objectifs et de stratégies urbaines qui revient, peu ou prou, à la formulation d’une OAP (orientations d’aménagement et de programmation) et à une étape de mise au point des projets urbains qui passe par un questionnement sur la densité et la programmation en lien avec les données constituées lors du diagnostic. A cela s’ajoute une exploration du bilan économique des opérations d’aménagement et des opérations de construction. Au terme de cette première phase, une étape d’approfondissement centrée sur l’illustration des qualités d’habiter est proposée. Les étudiants de cette formation sont principalement issus des études urbaines, avec parfois une formation initiale en architecture.
Ce qui me semble intéressant dans cette approche, c’est qu’on introduit un élément nouveau qui porte sur les bilans économiques et les formes opérationnelles. La simulation économique amène les étudiants à faire plusieurs réitérations du projet. Même si les valeurs utilisées sont approximatives ou estimées, ce qui importe c’est qu’elles offrent des points d’appui pour revoir les densités, pour revoir les programmations, et ainsi faire un aller-retour entre ce que l’on dépense ou ce que l’on investit, et l’impact sur les qualités de ce que l’on projette. L’objectif n’est pas de viser l’efficacité économique, mais c’est de se servir de cette dimension comme méthode de vérification.
L’autre intérêt de ce processus c’est qu’il invite à une hiérarchisation des objectifs, des volontés et des qualités. Quelle densité accepter pour quelle charge foncière ? Libérer les espaces libres ou diminuer les hauteurs et la densité perçue ? Efficacité des distributions ou recherche de logements traversant ? On peut toujours superposer les bonnes intentions sur un projet. L’exercice de bilan permet de faire une évaluation cout/bénéfice sociétal.
Cela engage à la créativité opérationnelle, à s’interroger sur les filières de production sélectionnées pour telle ou telle parcelle, sur le type de production d’habitat au regard des objectifs de charges foncières et de production de logements abordables, etc.
Ce travail de projet urbain est en vérité, entre autres, un travail sur le logement. La question est donc : comment faire dialoguer ces deux approches, comment garantir un travail de concert ?
Je peux en effet prendre appui sur un travail mené par les étudiants à Montreuil. Il s’agissait là de permettre l’identification de paramètres de réflexion et de potentiels périmètres d’intervention. Ce travail a porté plus précisément sur les disponibilités foncières et sur la programmation, en dialogue avec le Programme local de l’habitat (PLH). A partir de ces premiers questionnements, les étudiants ont été invités à réaliser un plan-masse détaillé. Par un travail qui touche la parcelle et l’îlot, s’est engagé un questionnement sur les épaisseurs de bâti, les types distributifs, les typologies de logements que l’on peut créer à partir d’une même implantation.
Personnellement, je suis assez attaché à cette articulation entre travail sur l’urbain et travail sur la typologie bâtie. En effet, la forme urbaine détermine fortement les typologies distributives des logements collectifs et par conséquent la qualité des logements. Il me semble important qu’un futur urbaniste prenne conscience de l’impact de cet enchainement – plus sensible pour le logement que pour d’autres programmes. Cette démarche se poursuit par une simulation économique du projet. Cela a fait l’objet de plusieurs réitérations pour aboutir à des formules densité/équilibre économique qui paraissaient justes aux étudiants. Elles ont permis d’envisager la question du déficit acceptable au regard de celle de la qualité des logements proposés. Elles ont également amené les étudiants à proposer des péréquations entre des opérations à bilan positif et négatif. J’insiste sur le fait que même sans viser un profit la modélisation économique reste un outil pertinent pour la prise de décision, en complément des modélisations spatiales ou programmatiques.
Cette approche me semble pertinente aujourd’hui et je milite pour qu’en école d’architecture on évoque la dimension économique des projets. Ils amènent l’étudiant à s’interroger sur les conditions opérationnelles du projet (ZAC, OPAH), sur les attentes des acteurs (bailleurs, promoteurs, collectivité) et de débattre sur les rapports entre dépense et effet escompté. En vérité un exercice de bilan demande moins de maîtriser les couts que les questions constructives et opérationnelles.
Il s’agit en effet d’une autre étape qui porte sur des travaux dirigés de recherche. Il consiste à articuler un moment pédagogique avec des activités de recherche. Soit de la recherche académique comme ce fut le cas avec le CRH, soit de la recherche appliquée avec comme cela a été le cas à l’ESSEC avec des aménageurs, promoteurs, bailleurs institutionnels. Ce qui est particulièrement intéressant dans ce cas, c’est la possibilité de mettre en synergie des questions que se posent les acteurs, et la capacité de développer des réponses en s’appuyant sur un travail de recherche qui embarque les étudiants.
Je vais illustrer cela par une action qui a été mené à l’université de Paris-Nanterre dans le cadre d’une convention partenariale avec l’école d’architecture de Paris-Val de Seine. Il s’agissait de s’intéresser à la question « Habiter demain la métropole ». Ce travail a été encadré par des enseignants-chercheurs du CRH de l’ENSA Paris-Val de Seine et de Paris-Nanterre. Les équipes étudiantes des deux établissements ont travaillé conjointement sur un corpus fourni par l’observatoire de la qualité architecturale de logement piloté par le CAUE de l’Ile-de-France. Il s’agissait, à partir de l’analyse de ces données, d’interroger la manière dont était habité aujourd’hui le parc existant. Le questionnement portait sur la manière dont la diversité des ménages français habite dans le parc existant alors que celui-ci a été construit pour un autre profil démographique. Ce travail a permis aux étudiants de constituer des tris, d’identifier des localisations intéressantes pour l’étude, de travailler sur un corpus de bâtiments et de ménages plutôt varié, avec des statuts d’occupation relativement divers, et à partir de cette analyse de construire une typologie de situations. Après cette première analyse des données, le travail s’est poursuivi par une période d’enquête par relevés habiter et entretiens auprès de ménages. Il s’agissait de comprendre comment-on vit dans ces logements et ces typologies, comment-on fait évoluer le logement pour l’adapter aux nouveaux modes de vie. Cette étude a permis, entre autres, d’identifier des formes de suroccupation du logement, et la manière dont elle est ménagée.
Peut-être plusieurs choses. Pour que le travail soit relativement consistant il a fallu le mener sur deux ans avec une équipe fournie d’encadrement qui a dû mener de front les questions de recherche, de formulation de la recherche, d’encadrement et de travail avec les étudiants. C’est un processus long et exigeant sur le fond comme sur la forme qui nécessite une articulation à plusieurs niveaux en déployant toute une série de dispositifs qui portent sur la commande et l’exercice de travaux dirigés en groupes, la constitution de formes de stages-recherche, la programmation d’interventions extérieures dans des ateliers de projet, etc. Il faut maintenir ses objectifs pédagogiques sans perdre de vue que le résultat doit alimenter un protocole de recherche et permettre de constituer des résultats. En retour, pour les étudiants cette expérience a été riche et a permis, à certains, de produire des travaux de fin d’étude qui reposaient sur les constats et résultats de la recherche et ainsi d’affiner leurs hypothèses pour leurs projets de fin d’études (PFE). Dès lors, l’articulation entre séminaire et projet me semble intéressante, surtout en fin d’études.
En effet, dans le cadre de ces travaux dirigés de recherche que je mène avec les étudiants du Master d’urbanisme de Paris-Nanterre, nous avons développé un dispositif un peu différent en collaboration avec IDHEAL qui explorait les modalités d’une enquête sur la qualité du logement. Ce travail a été livré récemment et publié par IDHEAL en août 2021. Tout d’abord, il s’est agi de mettre au point le dispositif d’enquête et d’affiner la problématisation de la question de recherche. A partir d’une première analyse géographique, portant sur la sectorisation du logement en Ile-de-France produit par les promoteurs privés entre 2000 et 2020, nous avons participé à la construction d’un corpus d’opérations et à l’élaboration d’une grille d’analyse des plans de logements que nous avons exploré par la suite. Dans ce groupe, bon nombre des étudiants du Master d’urbanisme avaient une formation initiale en école d’architecture ce qui a permis une compréhension des enjeux relatifs à l’analyse de la cellule du logement. Leurs connaissances sur les processus et les formes opérationnelles de production du logement leur ont permis de faire des hypothèses explicatives sur le lien entre modèle économique de production, trame constructive et impacts sur la qualité des logements produits.
Une autre pratique repose sur mon intervention dans le cadre de la chaire « Immobilier et développement durable » de l’ESSEC (sous la direction d’Ingrid Nappi Choulet). Dans une grand école de commerce, les questions architecturales sont inscrites dans un positionnement différent. C’est l’occasion pour moi de voir comment ces enseignements circulent, et comment des professionnels du champ de l’économie et du management se saisissent de la question du logement. Le dispositif proposé est similaire à celui des travaux dirigés de recherche mené chaque fois en partenariat avec un acteur opérateur qui peut être un bailleur institutionnel, un promoteur ou un aménageur qui se posent des questions sur le marché du logement et sur le produit « logement ».
C’est principalement l’occasion de faire découvrir les méthodes d’enquête en sociologie et géographie urbaine et de prendre contact avec la littérature scientifique dans le domaine de l’habitat.
Les étudiants prennent appui sur des résultats de recherche sur les évolutions démographiques, les modes de vie, mobilisent des données disponibles ou proposent des dispositifs d’enquête avec des habitants. Ces travaux ont pu aboutir à la constitution de profils de ménages types qui a permis d’enrichir l’approche typologique classique des logements en T1, T2, T3, etc., mais aussi d’interroger la qualité que l’on veut associer à ces logements. Par la suite, les étudiants réalisent des propositions de « mix immobilier » sur des logements, se nourrissent de références sur les typologies, et produisent des simulations économiques – notamment dans les immeubles locatifs – sur le rendement locatif. Dans ce dispositif pédagogique ce qui me semble essentiel est que des des futurs opérateurs d’opérations immobilières se saisissent d’enjeux élaborés sur le terrain de la recherche architecturale et urbaine.
Les enjeux pédagogiques de cette expérience, certes limitée, me permettent de considérer qu’il est important et utile d’enrichir les ateliers de projet par des séquences de diagnostic urbain et ou de modélisation économique.
Dans l’enseignement du projet, l’analyse de site est très souvent présentée comme le recensement des contraintes qui se posent à la conception. Moi, j’inviterais vraiment à inverser le sujet à partir du diagnostic urbain, et où la question deviendrait : comment le projet contribue et apporte à la ville et à sa fabrique ?
L’autre apprentissage que je tire de ces expériences pédagogiques porte sur la question de l’objectivation et de l’explicitation des qualités d’habitat. Je crois que cela doit impérativement être mis en débat ; c’est un enjeu pédagogique majeur.
Enfin, je pense qu’une meilleure connaissance des conditions socio-économiques du logement permettrait à un étudiant en architecture de dessiner un logement en ayant une idée des questions de statut d’occupation, de modes de production, de modes de vie qui leur sont associés. A ce titre, je crois que les partenariats entre enseignements et acteurs peuvent proposer des opportunités fertiles. Au regard de mon expérience, ce qui m’a manqué dans tout cela, c’est la nécessité d’une hybridation des savoirs et des cultures professionnelles entre ces trois univers pédagogiques (école d’architecture, master d’urbanisme, école de commerce). J’aurais aimé pouvoir animer un atelier partagé entre ces différents mondes dont les points communs, en termes de dispositifs pédagogiques, sont ceux du travail comparatif, du décentrement et de la réflexivité sur l’habiter ».